top of page

L'eau: ressource ou risque?

  • 24 juin
  • 5 min de lecture

L'eau est au cœur des enjeux environnementaux, territoriaux et architecturaux contemporains.

Ressource indispensable à la vie, elle est également à l'origine de certains des principaux risques naturels auxquels nos territoires sont confrontés.

Sécheresses, ruissellements, inondations, submersions, tensions sur l'eau potable : ces phénomènes peuvent sembler contradictoires. Ils sont pourtant les manifestations d'un même système hydrologique soumis à des pressions croissantes, amplifiées par le changement climatique et les transformations de nos modes d'aménagement.

Dans ce contexte, l'architecture ne peut plus considérer l'eau comme une simple contrainte technique.

Elle devient un paramètre structurant du projet, depuis l'échelle du territoire jusqu'au détail constructif.


Le paradoxe breton : une région humide confrontée au stress hydrique

Nous nous intéressons particulièrement au Morbihan, le territoire sur lequel nous sommes installés, car le département fait partie des territoires concernés par l'abondance hivernale et les tensions estivales.


Le Morbihan reçoit en moyenne entre 600 et 1 200 mm de précipitations par an selon les secteurs.

Malgré cette pluviométrie relativement abondante, le département connaît régulièrement des tensions sur la ressource en eau durant la période estivale.

Le département est en effet caractérisé par un fonctionnement hydrologique directement lié à sa géologie, issue principalement du Massif armoricain. Ce socle ancien se distingue par des roches dures, fissurées et peu poreuses, qui ne permettent pas la formation de vastes aquifères profonds capables de stocker durablement l’eau.

Les capacités de stockage souterrain sont donc limitées : les nappes phréatiques sont généralement peu profondes, peu étendues et très réactives aux conditions climatiques. En période de déficit pluviométrique, elles peuvent se recharger rapidement mais également se vidanger en quelques mois.

Par ailleurs, les sols souvent minces et peu développés favorisent un écoulement rapide des eaux vers les réseaux hydrographiques. L’eau rejoint ainsi rapidement les cours d’eau, puis le littoral, sans constituer de réserve durable à l’échelle du territoire.


Dans ce contexte, la Bretagne — et le Morbihan en particulier — repose principalement sur les eaux superficielles (rivières, retenues, barrages) pour son alimentation en eau potable, ce qui accentue la sensibilité du système aux variations saisonnières. La problématique n'est donc pas la quantité d'eau globale, mais sa capacité à être retenue, infiltrée et redistribuée dans le temps.

 

Un même cycle, deux risques

Sécheresse et inondation sont souvent étudiées séparément.

Pourtant, elles résultent du même déséquilibre du cycle de l'eau.


L'hiver, le territoire connait un excès en eau. Lors des épisodes pluvieux intenses, les sols atteignent rapidement leur saturation. Les conséquences sont multiples :

  • augmentation du ruissellement ;

  • débordement des réseaux ;

  • crues et inondations ;

  • érosion des sols.

L'eau est présente en quantité, mais elle circule trop rapidement. Dans les territoires littoraux, comme une grande partie du Morbihan, ces enjeux sont parfois aggravés par les risques de submersion marine et l'élévation progressive du niveau de la mer.


L'été, c'est l'inverse: le territoire manque d'eau. Les périodes de sécheresse se multiplient.

Les nappes se rechargent difficilement, les cours d'eau connaissent des étiages plus sévères et la pression sur les réseaux d'eau potable augmente. Le territoire se retrouve confronté à une ressource moins disponible au moment où les besoins sont les plus importants.


Quand l'urbanisation modifie le cycle naturel de l'eau

Les phénomènes de sécheresse et d’inondation ne sont pas uniquement liés aux aléas climatiques. Ils sont également amplifiés par les transformations de nos territoires et, en particulier, par l’imperméabilisation croissante des sols.

À l’état naturel, le sol joue un rôle fondamental dans la régulation du cycle de l’eau. Il absorbe une partie des précipitations, filtre les eaux, stocke temporairement l’humidité et contribue progressivement à l’alimentation des nappes phréatiques et des cours d’eau.

À l’inverse, les surfaces imperméabilisées — routes, parkings, toitures, voiries ou espaces fortement minéralisés — limitent fortement ces fonctions. L’eau de pluie ne peut plus s’infiltrer naturellement et est rapidement dirigée vers les réseaux ou les cours d’eau par ruissellement.

En France, plusieurs dizaines de milliers d'hectares de sols sont artificialisés chaque année, réduisant progressivement la capacité des territoires à absorber et réguler les précipitations. Associée à l’intensification des événements pluvieux observée dans le contexte du changement climatique, cette artificialisation contribue à accroître la fréquence et l’intensité des phénomènes d’inondation.



sol perméable naturel
Exemple de sol naturel perméable, l'eau s'infiltre

sol imperméable parking
Exemple de sol imperméable, l'eau ruisselle et se charge de polluants

Le paradoxe est alors évident : alors que l’eau tombe en quantité importante, elle est évacuée si rapidement qu’elle ne participe plus pleinement à la recharge des sols et des ressources souterraines.

Cette perturbation du cycle naturel de l’eau génère un double effet :

  • en hiver, l’augmentation du ruissellement favorise les débordements, les crues et les inondations ;

  • en été, le déficit d’infiltration limite la recharge des nappes et accentue les tensions sur la ressource en eau.


Ainsi, sécheresse et inondation ne constituent pas deux problématiques distinctes, mais bien les deux conséquences d’un même déséquilibre hydrologique, auquel l’aménagement du territoire et la conception des projets peuvent apporter des réponses concrètes.


Concevoir avec l'eau : le rôle de l'architecte

Face aux défis liés à la gestion de l’eau, l’architecte dispose de leviers d’action concrets pour accompagner l’adaptation des territoires. Son rôle ne se limite plus à répondre à des contraintes techniques ou réglementaires : il consiste à intégrer le cycle de l’eau dès la conception du projet, afin de limiter les risques, préserver la ressource et renforcer la résilience du site.


1. Favoriser l’infiltration à la source

La première stratégie consiste à redonner à l’eau sa place dans le territoire en favorisant son infiltration au plus près de son point de chute.

Cela passe notamment par la création de noues paysagères, de jardins de pluie, de surfaces perméables ou encore par la préservation des cheminements naturels de l’eau. En limitant l’imperméabilisation des sols et en ralentissant les écoulements, ces aménagements permettent de réduire le ruissellement, de limiter les risques d’inondation et de contribuer à la recharge des sols et des nappes souterraines. Le projet paysager fait ainsi partie intégrante du projet architectural.

L’objectif n’est plus d’évacuer l’eau le plus rapidement possible, mais de la gérer localement en s’appuyant sur les capacités naturelles du site.


2. Valoriser les eaux pluviales

L’eau de pluie constitue également une ressource locale qu’il est pertinent de mobiliser pour certains usages ne nécessitant pas d’eau potable.

Elle peut notamment être utilisée pour :

  • l’arrosage des espaces extérieurs ;

  • l’alimentation des toilettes ;

  • le nettoyage et l’entretien des aménagements.


À titre indicatif, une toiture de 100 m² peut permettre de récupérer environ 60 m³ d’eau de pluie par an en Bretagne, selon les conditions locales et les caractéristiques du système de récupération.

L’enjeu n’est pas de stocker l’eau sur de longues périodes, mais de réduire les prélèvements sur le réseau d’eau potable lorsque cela est possible, tout en limitant les volumes rejetés dans les réseaux d’eaux pluviales.


3. Encourager la sobriété des usages

La gestion durable de l’eau passe également par la maîtrise des consommations.

Le choix d’équipements économes, associé à une réflexion sur les usages et à la valorisation des eaux pluviales, permet de réduire significativement les besoins en eau potable d’un bâtiment. Dans ce cadre, les choix de prescription de l’architecte jouent un rôle déterminant dans la performance et la sobriété du projet.


Cette approche présente un triple bénéfice : elle réduit les charges des occupants, limite la pression exercée sur les réseaux et participe à la préservation des ressources naturelles.

Dans un contexte de changement climatique et de tensions croissantes sur la ressource, la sobriété n’apparaît plus comme une contrainte, mais comme un principe de conception à part entière.


L'eau comme levier de résilience territoriale

Chaque projet, même à petite échelle, participe au fonctionnement global du cycle de l'eau.

En favorisant l'infiltration, en réduisant les consommations et en intégrant les risques naturels dès la conception, l'architecture contribue à :

  • limiter les risques d'inondation ;

  • réduire le stress hydrique ;

  • préserver les ressources naturelles ;

  • renforcer l'adaptation au changement climatique.


L'architecte joue un rôle essentiel dans la recherche d'un nouvel équilibre.

Concevoir avec l'eau, c'est penser simultanément la ressource, le risque et la résilience.

C'est transformer une contrainte environnementale en opportunité de projet pour construire des territoires plus durables et mieux adaptés aux défis climatiques à venir.


Sources:


 
 
bottom of page